TENDANCE BLEUE

Le blog de Thierry Seray, photographe. Deux lignes de fuite qui se rejoignent, l'univers de la mer et la passion de la photo. La mer au travers de l'image et inversement. L'océan, le voyage, la voile, les vieux gréements, les vagues, le surf, les bateaux,

mardi 8 septembre 2009

Interview Alain Thébault, skipper de l'Hydroptère et détenteur du record absolu avec 51,36 noeuds

33145734_pVendredi dernier, alors que l'équipe prévoyait une montée en charge progressive puisque le bateau n'avait été remis à l'eau que quelques semaines auparavant et ceci après son chavirage de l'automne dernier, Alain Thébault et son équipage grillent la politesse au chrono et exploitent au mieux un vent d'ouest de 25/30 noeuds en rade d'Hyères pour une bonne glissade a plus de 50 noeuds. Record absolu à la clé. Retour sur cet épisode avec Alain Thébault, skipper de l'Hydroptère, dont j'ai souvent parlé ici, ainsi que dans la revue Bateaux. On apprend dans cette interview que l'Hydroptère.ch est bien en construction, Alain y confirme aussi ses visées hauturières et son rêve de tour du monde en 40 jours, et que l'Hydroptère a battu le record avec son "vieux gréement" . (crédit photo : Thierry Seray)

Tu prévoyais un montée en charge progressive et vous battez le record quasiment de suite. Tu cachais ton jeu où était-ce une surprise ?

Le petit mot de Christohe Simian, chonométreur Officiel WSSRC et présent ce jour là me paraît répondre parfaitement à la question : « Salut Alain , ce que vous avez fait vendredi est immense voir grandiose. En tant qu'observateur WSSRC j'observe ! la chose qui m'a le plus impressionné vendredi : c'est la concentration de l'équipage , sa force et son professionnalisme , il se dégageait de vous une espèce d' invincibilité ainsi qu' une puissance incroyable!!! Je n’avais jamais vu ça auparavant ! Encore bravo à ton équipe ! j' aurai vu 9 records absolus de vitesse à la voile grâce à vous  ! Je suis prêt  pour le 10 ème ! A bientôt et sincères amitiés . Christophe Simian »

Les records successifs de Sail Rocket et surtout de Macquarie Innovations avec les 50 noeuds franchis n'ont-ils pas un peu entamé le moral de l'équipe cet hiver ?

Pas le mien en tout cas. Je vais demander à Boris Cyrulnic d’avoir la gentillesse de m’expliquer ;-). Mais la réponse est sûrement dans mon premier livre : Pilote d’un rêve publié chez Flammarion

Les derniers runs à Port Saint Louis dans le vent fort étaient difficiles avec un bateau difficile à stabiliser, comment se sont passés les premiers runs à Hyères ?

La première journée d’essais à Hyères s’est bien déroulée avec une vitesse supérieure à 50 nœuds dès les premiers runs. Par rapport à notre dernière navigation à Port Saint Louis, le bateau semble désormais plus rapide. Et aussi stable à l’endroit qu’à l’envers ;-)

Y-a t-il eu des changements techniques sur le bateau pendant l'hiver ?

Nous avons retouché le profil des foils. Notre gréement vitesse étant détruit, nous avons installé pour 2009 le gréement hauturier, moins performant et les anciennes voiles qui datent de trois ans. Le bateau semble quand même assez rapide ;-)

Penses-tu les 54 noeuds à votre portée immédiate et où situes-tu la limite maintenant ?

En bon paysan du high tech, je prends le temps d’aller vite. Nous avons surement une petite marge de progression mais filer  54 de moyenne n’est pas notre objectif, c’est plutôt l’objectif annoncé des kites. Notre ambition est de naviguer au large désormais puis en 2010 et en parallèle de développer notre nouveau laboratoire l’Hydroptère.ch.

Observer les adversaires fait partie du jeu, quel est le plus dangereux à tes yeux aujourd'hui ?

Je suis proche des valeurs du rugby et ai beaucoup de respects pour les autres acteurs du monde de la glisse. A fond pendant le match, mais le plus important n’est il pas de boire une bière ensemble ensuite.Le plus dangereux vient toujours de soi même. De dépasser ses propres limites.

Tu as atteint un objectif voulu depuis des années. Qu'as-tu ressenti juste au moment où le record a été battu ?

Je n’ai atteint qu’une partie de mes objectifs. Nous ne faisons qu’une incursion dans le domaine de la haute vitesse et le bateau n’est pas initialement conçu pour cela. Après cette accélération prodigieuse, mais stable et maîtrisée, j’ai eu une pensée pour mon équipe à terre et sur l’eau. Ces deux records mondiaux sont le fruit de leur travail, d’un travail collectif dans un contexte parfois difficile, je leur dis ma gratitude et mon respect. J’ai eu une pensée très émue également pour deux hommes qui n’étaient pas à bord. Le premier Eric Tabarly qui m’a parrainé, poussé, porté contre vents et marées. Une pensée aussi et surtout pour Thierry Lombard qui a sauvé ce programme quand nous étions échoué sur Lanzarote. Quand c’est difficile, généralement il n’y a pas grand monde…Thierry a toujours été là pour moi, pour nous et son soutien indéfectible. Ce double record mondial est le sien, le leur à tous les deux car ils partagent humilité et vision.

Tu as dit dans le passé que l'Hydroptère tournerait la page de la vitesse après le record ? Quel est votre programme maintenant ? Quel est ton désir profond à toi ?

J’ai envie de m’accorder quelques jours pour lire et jardiner.

L'Hydroptère peut-il rivaliser avec les trimarans géants comme Banque Populaire ?

L’Hydroptère.ch, voilier laboratoire de 35 pieds est en cours de construction chez B&B à la Trinité sur Mer et au chantier Décision en Suisse. Il préfigure l’Hydroptère géant qui répondra à notre rêve ultime, le tour du monde en volant et en 40 jours.

lundi 30 mars 2009

vitesse à la voile. Macquarie Innovation passe les 50 noeuds

Alt_sailing_26march09La nouvelle m'avait échappée mais elle était un des sujets de conversation hier soir au Mosquito, petit bar de Port Saint Louis où se réunissait dans la soirée tout le gratin de la vitesse en kite (Caizergues, Taub, Cattelan, Douglas, Consorti, Bredenkamp..) autour d'une tartiflette arrosée de Sangria (...). Macquarie Innovation, le bateau australien détenteur du record actuel avec 48,14 nds vient de battre son propre record avec un run à 50,43 noeuds , temps qui sera ramené pour l'homologation à 50,08 une fois la valeur du courant retirée, dans d'après ce qu'on m'a dit un vent moyen de 22/24 noeuds, ce qui fait de cette performance également un vrai exploit technologique. Si la vitesse fut passionnante en 2008, l'année 2009 commence de fort belle manière et autant vous dire que tout le monde pense dorénavant aux 100 km/h... LE nouveau challenge.

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jeudi 4 décembre 2008

La surprise Sail Rocket : un temps canon 47,35 nds (moyenne sur 500 m) et pour finir du freestyle

Epic_RUN_2_LR

Je manque de temps pour faire une petite analyse alors je vous laisse avec le lien brut de décoffrage. Je ne pensais pas que Sail Rocket puisse aussi vite combler le gap qui le séparait des 50 noeuds mais Paul raconte (j'ai lu en diagonal à haute vitesse) des pointes à plus de 50 et un run à 47,35 qui ferait de lui le nouveau recordmen en catégorie D. Désolé, tout le monde peut se tromper mais je suis heureux pour Paul que je ne connais pas mais que son blog permet d'imaginer...

PS : Ca n'a rien à voir mais j'avais écrit il y a de ça un moment ce billet "Les marins prendront ils la vague du net". Bon, une partie de la réponse est ici.

Epic_RUN_068_LR

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dimanche 30 novembre 2008

Le New York Times parle de la vitesse à la voile

nytlogo379x64Le propre des grands journaux est d'offrir a leurs lecteurs un contenu diversifié et d'aborder certains sujets sous un angle particulier. Ainsi, le très vénérable New York Times revient sur le passage de la barrière des 50 noeuds - que Sébastien Cattelan a été le premier à réaliser - et sur la gestion de cet événement par les instances internationales que sont l'ISAF et le WSSRC. Une gestion que l'on peut après coup trouver surprenante, en tout cas les arguments de Jérôme Pels laissent rêveur. Not So Fast : A Dispute Takes Down a Sailing Record, tel est le titre de l'article.

Je vous laisse avec les dernières lignes du sujet que l'on doit à Paul Larsen (uniquement les dernières lignes on se comprend bien), skipper de Sail Rocket actuellement en tentative officielle et en lice pour le record : "All my life I have dreamed of being No. 1, the fastest in my chosen field,” Larsen said in an e-mail message from Namibia. “There is no way I would take it on a technicality. It has to be undisputed. It has to be outright.”

J'avoue que ces altermoiements à propos du record en kite me gâche un peu le plaisir mais bon. Je crois que j'ai du l'écrire ailleurs, c'est un conflit de génération. En procédant par parabole, on se dira qu'à une époque les gens de chez Phonogram et les passionnés de grandes musiques ont eu du mal à accepter le fait que Led Zepellin ou les Rolling Stones faisaient aussi de la musique. D'ailleurs ils avaient également éprouvé quelques difficultés à assimiler le jazz et on sait ce qu'il est advenu. Bref, le monsieur de l'ISAF qui se pose des questions métaphysiques sur le fait que la voile et la coque sont désolidarisées me fait un peu de peine. A la montagne, je suppose qu'il skie encore sur des douves de tonneau et qu'à la ville, il se balade en calèche.

mercredi 19 novembre 2008

Hydroptère : au pied du mur

9782732437712FSVoici le texte du sujet publié dans le numéro de juillet 2008 du magazine Bateaux, à la suite de la mise à l'eau de la nouvelle configuration de l'Hydroptère. J'avais retenu ce titre "Au pied du mur" en réponse au titre "Le mur du Vent" du livre qu'Alain Thébault se préparait alors à terminer. En mettant son voilier à l'eau, il se trouvait d'un seul coup face à son propre défi et donc au pied du mur. Je ne voyais pas ce titre de façon péjorative bien au contraire mais bien dans son acceptation c'est maintenant ou jamais. La suite a plutôt bonne figure et donne raison à Alain. Il ne s'en sort pas trop mal au pied du mur... et il ne sera d'ailleurs plus très longtemps au pied.

Que dire sinon qu'Alain nous avait fournit une photo montrant Tabarly en mer avec les grands patrons pendant la fameuse réunion de Bénodet mais que cette image exceptionnelle n'a pas été bien exploitée dans le magazine faute de place. Globalement, le sujet retrace la génèse du bateau. L'histoire est  fabuleuse, c'est aussi une épopée dont il ne faut pas minimiser les moments difficilest. Vous pouvez la retrouver illustrée de très belles photos dans le livre d'Alain "Le mur du vent" que j'ai eu le loisir de feuilleter l'autre jour à la Fnac. Sur le plan journalistique, c'est typiquement le sujet en or, celui dont l'écriture est un vrai plaisir et je remercie Alain pour sa collaboration. J'ai une grande passion pour la photo, j''avoue aussi que l'écriture apporte aussi d'autres sensations. J'aime écrire des histoires, jouer avec les mots, trouver du rythme dans un récit et mettre en valeur des aventures ou un voyage. Un dernier point. Il livre des détails très intimes, notamment sur sa mère et dans la rédaction de ce sujet, je me souviens avoir chercher à intégrer au mieux ce passage sans l'atténuer mais surtout sans surjouer le coté émotionnel, c'était tellement facile et c'est typiquement le genre de chose que je me refuse à faire. Bonne lecture. Ah si un dernier point. Thierry Lombard est un banquier suisse qui soutient après l'avoir sauvé, le projet Hydroptère. C'est un mécène dans le vrai sens du terme. Un soutien discret. Dans le monde de la voile et à l'heure du Vendée Globe ou les bateaux font office de 4 par 3 géants, c'est assez rare pour être signalé. Il n'y a pas de logo sur l'Hydroptère, encore moins son nom, juste une date. 1796 n'est pas une nouvelle bière, mais l'année de création de la banque. 

_MG_7943AU PIED DU MUR

L’hydroptère était une idée en avance sur son temps. Après deux décades difficiles, l’oiseau blanc enfin conforme au rêve du début, se confronte aujourd’hui au « mur du vent ». Belle revanche.

par Thierry Seray 

Tout commence un jour de 1975. Alain Demergues alors responsable du calcul des structures chez Dassault Aviation, se rapproche d’Eric Tabarly. Avec quelques amis des bureaux d’études, ils pensent qu’on peut faire voler les bateaux. Sérieusement. Au milieu des années 70, les navigateurs ne sont pas forcément enclins à croire à une idée folle mais Tabarly n’est pas marin comme les autres. Son silence extérieur vaut pour l’audace intérieure. Il écoute. En fait il cherche déjà à mettre des petits foils sous ses flotteurs pour les soulager et stabiliser son bateau et pense sans doute que tout ça peut valoir son pesant de miles dévorés pied au plancher. « Les gens ne comprenaient pas forcément ce que voulait Eric avec l’Hydroptère et dans le film qui vient de sortir c’est ambigu. Il a rêvé de faire voler un bateau mais techniquement ce n’était pas possible à l’époque. Paul Ricard correspondait à son idée originelle, mais il pressentait qu’on pouvait aller plus loin et il n’a cessé de m’aider.» C’est Alain Thébault chargé par Tabarly de développer le programme qui parle. Une première maquette est construite par le groupe d’ingénieurs. Une deuxième le sera au milieu des années 80 par Alain justement. Il faudra du temps pour que le projet trouve des soutiens malgré la caution que représentent le grand Tabarly et ses relations. « Un jour, on a atterri au salon du Bourget se souvient Alain. C’est à ce moment-là que les gens de l’Aérospatiale et de Dassault Aviation, nous ont confirmé leur aide. A l’époque l’avionneur débloque 150 000 Francs pour réaliser la maquette au tiers. « Elle a du naviguer en 1987 et il faudra quatre ans pour la mettre au point principalement faute de moyens. » précise Alain. La maquette est utilisée jusqu’en 1992. Il faut aller plus loin, passer à la grandeur nature imaginée initialement. De puissants soutiens sont nécessaires. « A cette époque Eric Tabarly sait déjà que la région Bretagne ne le suivra pas sur cette idée. Il me charge d’aller voir Olivier Guichard alors président des Pays de la Loire et je demande alors à un jeune député de l’époque, François Fillion, de m’aider à obtenir un rendez-vous. Pendant la rencontre, Olivier Guichard dira cette phrase « A Nantes et Saint-Nazaire, il y a deux entreprises importantes qui représentent l’aéronautique et la navale, et donc la région des Pays de la Loire va fédérer le projet et vous aider »

La réunion de Bénodet
Alain poursuit. « Vient alors la fameuse réunion de Bénodet. Chez Eric, dans son salon, le 25 août 1992 ». Le matin même, Frédérique, la femme d’Alain lui annonce qu’elle attend leur premier enfant. « Cette date est porteuse de la dimension affective et technique. C’est un des problèmes chez moi, je n’arrive pas à déconnecter ces deux éléments.»  Alain poursuit : « On a eu la visite de Serge Dassault et des représentants du ministère de la défense (DCN), de l’Aérospatiale et des Chantiers de l’Atlantique de l’époque. Le matin, j’ai fait évolué la maquette devant Bénodet. La veille on s’était planté dans une vague sous génac et on avait quasiment sorti le plan porteur hors de l’eau, je me suis précipité à l’arrière, au même moment on pète la drisse de grand voile. On était mal, j’ai dit à Eric qu’il fallait rentrer et je me souviendrai toujours de cette scène. Eric a pris la drisse, il fait un tour mort et deux demi-clefs autour du bras de liaison. Depuis ce jour, je sais qu’on peut toujours sauver la mise, que tout est toujours récupérable.»  Le projet a vraiment démarré après cette réunion. Dassault a construit les foils, la DCN a construit la coque, l’Aérospatiale devait construire les bras de liaison mais finalement ils se sont fait ailleurs, Matra grâce à Largardère a financé le mât ». Thébault et Tabarly ont enfin leur jouet. Le premier vol a lieu au large de Saint Nazaire, à 28 nœuds, le 1er octobre 1994. Thalassa est là, d’autres TV aussi. « On a bordé, le bateau a décollé » dit laconiquement Alain. Pourtant, les dix années suivantes ne seront pas faciles. L’Hydroptère vole, fait rêver certes, mais ne confirme pas vraiment et subit quelques grosses avaries. Au large de l’île de Groix, puis plus tard aux Canaries. La confiance dans le concept prend des coups. Entre temps, les grands trimarans dont les 60 pieds s’affirment et la course au large prend toute la lumière. L’Hydroptère est marginalisé. Le skipper porte un regard particulier sur cet aspect des choses. Voudrait préciser sa vision : « on a eu des moyens financiers très inférieurs à ce que les gens pensent. On a eu de la matière grise, des moyens techniques, de la visserie titane par exemple. Louis Gallois quand il était président de l’Aérospatiale nous a fait construire un bras en carbone, mais nous n’avons pas forcément bénéficié de gros budgets pour fonctionner. Je vais te donner un exemple, le premier mât du bateau : on a effectué notre premier vol en octobre 1994. On a conservé ce mât jusqu’en 2005, quand, à Lanzarote, le cyclone Delta nous l’a fracassé. Est-ce qu’il y a beaucoup de voiliers au plus haut niveau, qui conservent le même mât plus de dix ans.. ? »

_Y9D9796Coup de pouce du destin
Entre temps un vrai mécène, Thierry Lombard, banquier Suisse dont la tradition familiale est de soutenir de belles aventures, marqué par le livre « Pilote d’un rêve » dont lequel Thébault raconte son aventure, sauve le projet d’une mort certaine après l’épisode des Canaries. A ce moment précis, des deux derniers soutiens de l’Hydroptère, l’un passe la main. « Thierry nous a donné les moyens » ajoute Alain. Aujourd’hui l’oiseau blanc est bardé de capteurs, et surveillé par des têtes bien faites. Il accélère comme nul autre bateau, il est le plus rapide et revient au centre de toutes les discussions depuis 2005. Le record de Blériot sur la Manche, l’entrée en 2007 dans les tablettes du WSSRC et la pointe à 47 nœuds ont réveillé les consciences. Thébault remarque que les grands groupes s’intéressent de nouveau au projet. « Le mur du vent », titre de son second livre sortira bientôt. Le record des 50 nœuds est à sa portée mais le skipper vise déjà plus loin. Tabarly avait choisi le bon sherpa pour le rêve des ingénieurs qui apportèrent l’idée originelle. Thébault, homme complexe, a tout sacrifié. Sa vie et celle de l’Hydroptère ne font qu’un. Or, la frontière entre la persévérance et l’entêtement est parfois ténue. A la question de savoir pourquoi il a laissé ce projet dévorer vingt ans de sa vie dont il a mis l’intime au grand jour comme une thérapie, il cherche l’explication : « Quand j’étais petit, j’étais enfermé dans une pension en face la maison de ma mère. J’avais un vasistasse bleu pour seule respiration. Ma maman était souvent en psychiatrie. Un jour avant qu’elle ne meure, elle a essayé de prendre le train toute seule, ce qu’elle n’avait jamais fait. Elle a réussi et je suis allé l’accueillir à Montparnasse. En allant la retrouver j’ai pleuré. Je me suis dit ce jour-là que tout est possible, tout comme je le penserai plus tard, quand Eric fit son tour mort et ses deux doubles clé.» Alain Thébault n’a peut-être eu qu’une certitude au cours de toutes ces années de galère. Celle qu’on peut réussir.

INTERVIEW : Alain Thébault et les 50 noeuds

L’Hydroptère n’était pas initialement taillé pour la vitesse pure. Quand avez-vous pris conscience de son potentiel ?
Progressivement, sans même que l’on s’en rende compte. Il y a eu un moment où l’on a eu la vitesse et la fiabilité. On passé un cap. Quand Thierry Lombard nous a récupéré sur notre île de Lanzarote, il nous a donné les moyens. Aujourd’hui on a embauché trois polytechniciens, pour un bac moins deux j’en suis fier. Coté Suisse on a des EPFL (Ecole Polytechnique de Lausanne), on a structuré le projet».

Au cours des quinze dernières années, as-tu failli abandonner ?
J’ai honte de le dire, je ne voudrais pas passer pour un monstre froid, mais je n’ai jamais douté. J’ai pleuré mais je n’ai pas douté. J’ai eu des propositions pour faire autre chose, mais j’ai toujours répondu que j’avais un travail à terminer et je crois qu’aujourd’hui, ce n’est même que le début de l’aventure.

Qu’est-ce qui a changé sur le bateau ?
On a travaillé sur la traînée. Elle se réparti en trois tiers a peu près équivalents : la traînée dans l’air, celle du foil sous le vent et celle dans l’empennage arrière. On a donc optimisé l’aérodynamisme avec le carénage de toute la plate-forme, des bras de liaisons, on a posé des jupes sur la bas de la GV pour qu’il n’y ait plus de passage entre la voile et le pont, on dispose d’un tout nouveau gréement (mât à forte corde, voile plus ramassée pour la plage de vent prévue dans le sud) mais surtout on a travaillé à 80% sur l’hydrodynamique.

Sur les foils et sur la cavitation ?
Les foils, c’est le gros du sujet. Ils sont nouveaux tout comme le plan porteur arrière. Il y a effectivement un vrai mur de traînée entre 49 et 50 nœuds et des problème de cavitation. On s’est efforcé de reporter ces problèmes au-delà de 54/55 nœuds. Le potentiel théorique est à ce niveau. Hors phénomène de « flutter » (vibrations et résonnance), bien connu en aéronautique mais qui pour l’instant sont inconnus dans l’eau. On a une montée en puissance prévu. On va ouvrir le domaine de vol comme on le fait dans l’aéronautique. Deux ingénieurs Damien et David seront au niveau de la coque pour surveiller toutes les données.

Quelles sont les conditions idéales pour le record ?
28/32 nds de vent réel, 138/140° d’ouverture, et maxi 80 cm de clapot car déjà à ce niveau nos écrêteurs entrent en action. On a d’ailleurs durci les suspensions. Avant la limite était 30 tonnes de pression. Maintenant c’est au-delà.

Est-ce que la conception de l’Hydroptère, sa plate-forme initiale n’est pas dépassée et ne mériterait pas un nouveau bateau compte tenu des progrès effectués ?
Nous avons beaucoup de chance car les calculs démontrent  qu’on est d’entrée tombé sur la bonne géométrie et la bonne version. Si on fait un autre hydroptère la géométrie de l’ensemble ne serait pas si différente.

Crédit photos : Arnaud Pilpré pour la très belle couverture du livre  (et non pas Ghuilain Grenier comme je l'avais écrit mais il a des tonnes de belles images dans le livre) et Thierry Seray/DPPI pour les deux autres de ce billet

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mardi 18 novembre 2008

Sunset run

HydroptereJeudi 14 Novembre. L'Hydroptère tire un dernier run au large de la plage Napoléon. Le soleil est ressorti des nuages comme par miracle pour quelques dernières... secondes de lumière. Une lumière orange pour un instant aussi rare que le rayon...vert. Canon EOS 1D Mark III. Objectif : EF L 300 f 2.8 IS USM + multiplicateur apo 1,4. ISO 1000. Vitesse d'obturation 1/500 seconde. A part ça il faut vraiment que je mette la série sur mon site pro, car là, ca rend vraiment moins bien. Sur la "vraie" photo, on peut sentir le vent sur la mer, en colère, on voit le clapot, les moutons et les embruns. L'arrière de la voile est d'un orange chaud et lumineux et l'équipage est comme éclairé par un spot. Des reflets orangés donnent du relief sur le flotteur tribord. Là on a l'impression que la lumière est éteinte. Too bad...

A part ça je vois ai passé une vidéo de VTT engagé ce matin et le même midi dans les colines, sans soute emporté par ces images enthousiasmantes, je me suis mis une boitasse en sortie de virage dans un enchainement un peu rapide et j'ai chuté avec toute la grâce du phacochère. Bilan, je n'ai pas les chevilles qui enflent mais les deux genoux c'est fait...

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vendredi 14 novembre 2008

Record de vitesse : l'Hydroptère tourne la Page Jaune

H_7595Une page de l'histoire de la voile s'est tournée hier à Port Saint Louis du Rhône puisque sous réserve de confirmation et de ratification par le WSSRC, l'Hydroptère d'Alain Thébault et de son équipe de cerveaux, a battu le record de Yellow Pages établie à Sandy Beach en 1993. 15 ans les gars, ce n'est pas rien. Alors c'est vrai qu'en cette période de communication à tout va qui voit se suivre les infos sur les pointes de vitesse et celles sur les moyennes (le record j'en profite pour le rappeler étant une moyenne sur 500 m) au risque d'une grande confusion (comment par exemple dire qu'aujourd'hui qu'un VRAI record a été battu quand Paris Match et l'Express.fr parlaient  la dernière fois d'un record avec la pointe à 52,86 dernièrement) mais à part cette aparté finalement sans grande conséquence, ne boudons pas notre plaisir. En fait, ce qui s'est passé est énorme. Je précise un peu les faits. Avec un run à plus de 47 noeuds de moyenne (toujours à ratifier je RE précise) l'Hydroptère devient le bateau le PLUS RAPIDE A LA VOILE. D'où il est, Eric Tabarly doit apprécier. D'autre part, le Grand Blanc aurait réalisé une pointe à 53,4 noeuds. Enfin, et c'est surtout ce qu'Alain Thébault retient de la journée d'hier, l'équipe a réalisé une moyenne de 52,5 sur 100 m. Prometteur.

J'étais présent toute la journée d'hier sur le Zodiac de l'équipe en compagnie d'une fine équipe dont Christophe Simian, en tant que représentant du WSSRC, ainsi que Guillaume Plisson et Julien, tout deux là pour Paris Match, nous avons tous vu un bateau dont le potentiel semble pouvoir aller bien au delà des chiffres d'hier. Les conditions n'étaient pas idéales, bien que la plage de vent était celle qui convient à l'Hydroptère (30 noeuds établis et pas trop de rafales ingérables) mais le plan d'eau était difficile et l'équipe a connu des soucis techniques (chariots de GV). Que constate t-on de l'extérieur ? H_9712L'Hydroptère a d'énormes capacités d'accélérations mais la trajectoire et l'assiette idéale ne semblent pas faciles à maîtriser,. Le bateau s'est fait quelques gros arrêts buffet (plantage sévère). Qu'en déduire sinon qu'il y a de la marge de progression. Visiblement les problèmes de cavitation ne sont pas insurmontables, il y en a sans doute autour du profil mais pour l'instant rien de vraiment problématique (sauf à savoir pourquoi le bateau redescendait brutalement hier à un endroit du run...). Alain Thébault est remonté comme un coucou, son enthousiasme est communicatif et en l'absence de projet précis du côté du windsurf et en attendant la prochaine édition du Lüderitz Speed Challenge, il a du temps devant lui pour reprendre le record absolu. Ca ne sera pas facile mais c'est sincèrement du domaine du possible. A part ça, cette journée d'hier était superbe. Nous avons passé  sept heures à sept plus le matériel dans un grand semi-rigide, par 30 noeuds de vent et une Méditerranée hachée à souhait (1 bon mètres de creux serrés), à se prendre des saut d'eau à mach 2 en pleine poire  (même ma valise Pelican a souffert d'une infiltration d'eau, les initiés apprécieront la quantité d'eau en circulation sur le pont du Zod...) mais le retour la nuit de la plage Napoléon vers Port de Saint Gervais à l'autre bout du golf  de Fos avec passage au milieu des tankers  tous éclairés dans leur mouillage nocturne, était sublime. Vraiment. A l'opposé, il y a le lagon de Bora Bora en short mais ce n'est pas le même style. Sincèrement, hier était une belle journée de mer. On était trempés, transis mais heureux...

Pour ceux qui sont concernés par l'information, les images sont en diffusion chez DPPI. Disponibles dès aujourd'hui.

PS : Tendance Bleue a connu une grosse interruption des programmes ces 15 derniers jours suite à un gros souci technique. Veuillez m'en excuser mais je dois dire que cette petite parenthèse ne m'a pas fait de mal.

vendredi 31 octobre 2008

46,146 noeuds pour l'Hydroptère

Très bonne nouvelle, l'équipe de l'Hydroptère allonge la foulée et vient de faire péter deux beaux scores hier par une belle journée de vent d'est à Port Saint Louis. Et Alain Thébault et son équipe de "cerveaux" peut surtout s'enorgueillir d'un run à 46,146 noeuds de moyenne (sous réserve d'homologation par le WSSRC) réalisé dans des conditions de vent et de mer difficile. Et là, force est de constater que le Grand Blanc n'a pas de rival capable de telle performance. Bref, après la pointe à plus de 52 et ce run là, l'équipe prouve que tout le travail réalisé cette année porte ses fruits. Bravo à eux.

Posté par thierry seray à 15:45 - VITESSE A LA VOILE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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