lundi 16 novembre 2009
La photo est devenue un produit comme un autre
Nouveau billet en réaction aux divers commentaires du billet précédent. La situation que je décris et qui n'a rien de dramatique, je tiens à le souligner, est due à la conjonction de plusieurs facteurs dont les deux principaux sont la dématérialisation de la photo, facteur clé conjugué à un deuxième élément technique, la présence d'un réseau qui a permis sa très large distribution. Ajoutez là-dessus la démocratisation des reflex performants, couplée au désir des centaines de milliers d'amateurs d'être "publiés" ou simplement "vus", et en cela on ne peut leur en vouloir, et vous faites exploser un marché jusque là difficile mais qui fonctionnait. C'est très comparable à l'arrivée de la grande distribution dans le petit monde de l'épicerie des années 60. Les photographes sont des épiciers, les 2/3 vont se faire broyer, c'est le tarif d'un changement majeur. Le mec qui vous demande une photo gratuite n'est autre que l'acheteur de grande surface qui écrase le producteur local en lui faisant miroiter le volume. Ensuite il y a la presse qui souffre à la fois d'une baisse de diffusion et qui est de plus en plus aux mains de financiers qui se revendent les titres. La plupart des décideurs ne regardent pas le contenu mais les chiffres de vente des pages de pub. Dans quelques cas la diffusion est accessoire sauf quand elle devient tellement faible qu'elle ne justifie plus les tarifs de pub. Et encore, certains journaux "vitrines" à la diffusion confidentielle arrivent quand même à fonctionner. Dans ce cas là, la photo est un accessoire de remplissage. Heureusement, ce n'est pas toujours le cas.
Dans ce contexte, la photo est devenue un produit comme un autre qui subit la loi du marché. Profusion d'offre égal chute des cours. Pour répondre à Christian, les journaux fixent leurs prix, ils ont des barèmes, auxquels ils achètent les photos. Sauf à avoir des photos un peu chaudes montrant une cruche de la TV réalité en mauvaise posture, les tarifs ne se discutent pas. Tu acceptes ou te refuses. A toi de juger. Ensuite, la seconde remarque de Christian est intéressante. La réponse est la suivante : une photo prise avec un compact peut valoir des dizaines de milliers d'euros et une autre prise avec 12 000 € de matos peut valoir peau de balle. Il faut en être conscient. D'une manière générale, les prix ont chuté au moment même où avec le numérique, les photographes n'ont jamais autant investi. Mais ils ont un peu plus de contrôle si ils savent se servir des outils à leur disposition. Après, à la suite de ces multiples constats, chacun peut choisir de devenir ou de rester photographe. Un métier qui ne consiste pas uniquement à prendre des photos en se voyant comme un cador en attendant que les diffuseurs viennent vous chercher, à moins d'être le talent de ce siècle, mais à faire un travail global dont prendre des photos est une partie. Il faut avoir un savoir faire, un ou plusieurs sujets de prédilection, un vrai réseau de connaissance doublé d'un deuxième réseau de distribution celui-là, il faut avoir des idées, du matos et de l'énergie à revendre. Mais c'est un beau métier je persiste.
De temps à autre un mec vous appelle pour avoir vos images gratuitement. C'est désagréable mais bon, il faut savoir éconduire avec tact. Il trouvera une photo, une autre peut-être. Mais j'ai vu certains cas où le mec qui voulait du gratuit retéléphone la semaine suivante pour demander le prix, répondre qu'il trouve ça trop cher et finalement passer commande après l'argumentaire. La photo est devenue une chose qui circule en partie gratuitement et en cela les photographes devraient ne pas aimer internet. Mais il y a encore des gens pour mettre le prix pour un bon job créatif, et fait en temps utile, même si celui-ci à chuter dans certains cas. La loi du marché. La photo est devenue un produit, il faut le savoir. Ca ne lui retire pas ses attributs "artistiques", je prend les mots avec des pincettes. J'ai déjà dit ici, que dans 90% des cas, les photographes sont des créatifs. Ah oui, j'allais oublié l'essentiel. Les photographes se font décimer en partie parce qu'ils n'ont jamais voulu adopter un vrai statut, préférant se cacher pour nombre d'entre eux derrière celui d'auteur. Aujourd'hui tout le monde peut vendre des photos et des agences peuvent vendre des images à 1€ alors que la vente à perte est interdite au moins en France. Avec un vrai statut, pignon sur rue et numéro de Siret, les photographes en tantq eu corporation auraient pu se défendre. Avec le statut d'auteur, ils ont préféré rester dans le flou et payer moins de charge. Les révolutions industrielles ont toujours fait du déchet...
Commentaires
Merci pour ces précisions ... et toutes les comparaisons prises sont bien pertinentes ! Christian
moi qui vient de me lancer, ça promet !! soyons optimistes mais réalistes: je trouve que les meilleurs s'en sortiront toujours, non ? un bon boulanger ou un bon boucher ne souffrent pas selon moi de la grande distribution. un raccourci facile mais quand je vois la qualité que certains photographes propose, je me dis qu'ils vont ne pouvoir que souffrir.
bravo pour votre site et vos photos que je découvre ce soir !
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Je reviens de Nice où j'ai découvert en tant que petit blogueur l'espace média du Louis Vuitton trophy. J'ai été étonné de voir que la presse d'expression écrite occupé un tout petit espace par rapport aux très nombreux photographes présents. D'ailleurs la connexion internet n'arrive pas à suivre les débits hallucinants nécessaire à l'envoie de photo et vidéo haute définition. Je crois en effet qu'il y a beaucoup de monde sur le marché...
Trop de monde ?. Non je ne crois, pas tout le monde a le droit de produire des photos. Je me demande simplement combien de photographe vende des photos ?. Croire que le marché va faire la sélection et que les meilleurs subsisteront est utopique.
Qui est en mesure d'acheter des photos ?.
Les médias papiers suffiront il à la profession ? Rien n'est moins sûr. L'internet est il en mesure de financer le monde de la photographie ?.
Pourquoi pas. Personnellement j'utilise beaucoup de photo en illustration sur mon blog qui sont pour la plupart libre de droit fournit par les organisateurs par exemple ou en provenance de jeune talent comme Gilles Morelle. Je ne serais pas contre partager les bénéfices de mon site pour acheter des photos. Mais tout comme mes revenus qui proviennent de la publicité sont dépendants de mon audience, il faudra un système qui rémunère le photographe en fonction par exemple de l'affichage des photos (ou carrément du clic ou téléchargement de la photo HD). Ce genre de système a à mon avis un super avenir. Je veux bien participer à créer ça.
Qu'est ce que vous en pensez ?.
@Romain
Te bile pas Romain, il y a toujours de la place. Il faut effectivement être optimiste mais réaliste.
Régates et photos
La photo de régate est assez particulière. Trop de monde, non, je n'ai pas dit ça même si sur certains événements, on sait très bien que tout le monde ne rentabilise pas forcément son déplacement sachant qu'en ce qui concerne les "gros" événements, il y a de l'image libre de droit qui circule, fournit pas les organisateurs ou les sponsors, et que dans ces cas là, les medias presse utilisent ces visuels qu'ils ne payent pas. Je ne critique pas cet état de fait, j'ai bossé aussi pour des sponsors et/ou des organisateurs. Après chacun fait ses choix en fonction de ses objectifs du moment. Quelquefois, tu as intérêt à être ailleurs au même moment parce que tu as un autre contrat, un autre projet en cours, c'était mon cas pendant les LVT. Le marché fera la sélection, je maintiens, c'est même la loi fondamentale de tout marché. La presse n'est plus ou de plus en plus rarement une ressource suffisante pour un photographe qui doit trouver d'autres débouchés mais c'est normal. La situation actuelle est comme elle est, il faut s'adapter c'est tout. L'avenir d'un photographe a de multiple forme : presse, édition, pub, etc.. D'ailleurs, je trainais l'autre jour à la Fnac et je me disais que c'est dans l'édition que tu trouves les plus belles photos et pas forcément dans l'espace médias/presse. Dernière aparté, le web ne paye pas les images, c'est un constat, on n'y peut rien, mais ne le prend pas pour toi, tu es un blogger, c'est différent. Mais le web n'est pas non plus une référence sur le plan du choix photo et se prive d'une ressource qui pourrait contribuer à sa qualité. Tous les sites mettent souvent en avant les mêmes photos. :=)
Généreux
Concernant ta proposition, elle a le grand mérite de la générosité. Je ne sais pas si le web finira pas payer les images. Il faudrait déjà que le business model fonctionne, ce qui n'est pas le cas pour l'instant. Mais bon, j'en parle car c'est une réalité d'aujourd'hui mais il y a d'autres moyens pour un photographe de s'épanouir. Et ce ne sont pas forcément les plus visibles. C'est d'ailleurs le piège de ce job. nota : il y a des sites qui payent un peu les images, c'est le cas de Course au Large qui a un forfait avec DPPI par exemple, il faut tout de même le souligner
au taquet !
tout a fait d'accord et je vois que tu est en pleine forme pour attaquer les vacances a hawaii ;)
Statut
Entièrement d'accord avec toi sur ton analyse de la situation mais est-ce qu'un statut différent aurait changé la situation ? Regarde les photographes artisans qui ont un statut un peu moins accessible, ils se font aussi démolir et les nouveaux auto-entrepreneurs n'arrangent rien.
La question du statut est un vrai problème
Personnellement, je suis photographe depuis presque 30 ans et officiellement auteur (agessa) depuis 7 ans (j'étais à l'urssaf avant). Être auteur a ses avantages (je paye en effet moins de charges) mais aussi des inconvénients (interdit certains boulots: mariages, vente de photos aux particuliers sur des évènements). Par contre, il est lié à la notion de droit d'auteur, ce que oublient souvent les artisans. Et comment empêcher n'importe quel amateur de vendre une photo ?
Ce serait le rêve de beaucoup de pros de réglementer l'accès au métier de photographe (comme les architectes ou les coiffeurs) mais est-ce réalisable ?
Quant aux microstocks et à la vente à perte, il y a du travail à faire...
Statut
Je ne rêve pas spécialement d'interdire la vente de photos aux amateurs mais quand je vois le combat "Sauvons la photographie", je me dis qu'ils se trompent de cible. La photo va très bien. Effectivement, le photographe n'a aucun statut précis, c('est donc une profession ouverte à tous les vents, ça comporte des avantages et aujourd'hui pose un certain nombre de problèmes. De gros problèmes. Qu'un amateur puisse vendre ses photos quand moi je paye des charges, je ne trouve pas ça vraiment juste. L'accès a de nombreuses professions est règlementé, ça a sans doute un effet régulateur. Mais bon, je ne suis pas non plus persuadé que ce soit la solution. La seule vraie solution est la qualité et la créativité. Un exemple, je suis "juge" en ce moment pour un concours vidéo. Bon, le constat est que la caméra ne fait pas le caméraman... C'est un peu moins vrai pour l'image fixe donc les photographes vont perdre certains pans entiers de leur activité mais il leur en restera...
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