lundi 16 novembre 2009
Free of charge
Ce genre de chose arrive mais là, la demande était tellement directe que je vous en parle. Je reçois ce W.E une demande d'image via la plate forme de mon site internet. C'est un éditeur étranger qui possède apparemment la license d'une grand magazine de nautisme européen. Il a vu les photos du coup de vent à Marseille, on a choisi deux, me précise lesquelles il souhaite publier et me dit texto en anglais : "nous n'avons pas de budget pour les photos, pouvez vous donc nous les envoyer libre de droit". Quand c'est dit avec tant de naïveté c'est presque charmant. J'avais eu peu ou prou la même demande il y a peu provenant pourtant d'un groupe (une TV pour tout dire) qui par ailleurs a les moyens. J'ai donc préciser à ce monsieur que je consacrais un gros budget à mon équipement, que je passais du temps à aller chercher les bonnes images, enfin que je consacrais aussi du temps et du budget pour que ces photos soient en ligne et qu'ils puissent les voir.
Comme je venais la veille de commande Adobe CS4, clôturant ainsi deux mois d'investissement, il me semblait bon de lu rappeler la réalité des photographes. Que vous soyez pro (mais vous connaissez alors la musique..) ou amateur désireux de vous faire une place au soleil, ne laissez quasiment jamais filer vos images gratuitement ou alors très rarement dans la cadre d'une échange bien précis ou chacun a quelque chose à y gagner, et avec quelqu'un qui part ailleurs est un client régulier ou a une très grande probabilité de le devenir. Ne vous laissez pas berner par le niveau zéro de l'argumentaire qui consiste à dire, on mettra votre nom et un lien, c'est en général la moindre des choses. On ne vous renverra jamais la balle et votre nom sera oublié le lendemain. A l'heure du crowdsourcing, vous êtes lambda et vous avez l'assurance de le rester si vous donner vos photos. La photo est un business en pleine transformation, avec beaucoup d'images en libre circulation et ce genre de demande est amenée à croître. Il y aura à l'avenir deux camps : ceux qui accepteront d'en donner croyant trouver ainsi les clés du paradis (être publié et en filigrane devenir pro) et ceux qui continueront à avoir une approche professionnelle. Ceux qui le plus souvent zappe le budget photo, ne zappent pas d'autres budget : la papier, l'hébergement internet, les salaires ou autre frais. Envoyez les gentiment et poliment se faire foutre. C'était l'humeur du matin.
Commentaires
Thierry, je ne peux être que d'accord avec toi. Rien que parce que demander un truc gratos, comme ça, juste dans un coup de fil, sans effort, du fond de son canapé, c'est du foutage de g..., de l'incorrection, de l'impolitesse, etc. etc. Les gens on le sentiment que tout est "gratuit" avec l'internet mais c'est un faux sentiment. Au bout de la chaine, il y un bilan comptable ... donc RIEN n'est gratuit ! Dans mon métier, on a coutume de dire "si c'est gratuit, c'est que ça ne vaut rien". Christian
100% d'accord !
Je crois revivre une conversation téléphonique de la semaine dernière !!!
Une journaliste en charge d'un magazine local me demande les fichiers haute def de 2 de mes images car sa redaction a fait sa maquette avec mes images basse def dispo sur mon site pro, son graphiste lui indiquant que les résolutions étaient trop petites... et la journaliste l'air surprise quand je lui annonce le prix "ha bon mais je crois qu'on s'est mal compris... j'adore votre travail, je pensais mettre votre nom sous les images"... Elle ose rajouter "mais les autres photographes me donnent souvent leurs images"...
Ça j'en doute fortement, c'est incroyable ce genre de comportement, je trouve ça irrespectueux. Surtout que ces gens là vendent des pages de pub des fortunes dans leur éditions !
Sébastien de Nouméa
échos
Je pense que ce genre de retour va se multiplier dans la semaine. C'est dingue mais dans ces cas là il faut garder son calme et expliquer, toujours. A mon interlocuteur , j'a dit, le matos, le temps, les investissements, la disponibilité (le lui ai répondu un dimanche) et la qualité. Accessoirement, il faut demander à la personne qui demande ça s'il est travaille gratuitement. En général, l'interlocuteur a du mal a trouver la bonne réponse...
crowdsourcing...
A la limite, ce genre de demande venant d'une tpe, d'un journal à tirage très limité, où d'un particulier passionné, je comprends parfaitement... encore que, faite à un pro, c'est déjà limite.
Mais là, c'est plus que du foutage de gueule. Le problème vient aussi du manque connaissance des amateurs tels que moi. Quels sont nos droit, et nos recours concernant l'utilisation de nos images ? Quels moyens avons nous pour nous proteger ? Je vois beaucoup de blog "amateurs", bourrés de photos plus qu'exploitables, sans aucune mention de droits d'auteurs, watermarking, et autre...
L'objet d'un petit billet ?
Compliqué
Le marché de la photo est compliqué, c'est une des notions difficiles à aborder pour les clients comme pour les nouveaux arrivants ou amateurs. Les acteurs du marché devraient d'ailleurs faire des efforts d'accessibilité. Le site de l'UPC peut aider à comprendre les tenants et les aboutissants. Un livre paru chez Eyrolles cette année, photographe indépenant d'Eric delamarre est pas mal non plus pour comprendre les principales clés. Ensuite ce que tu évoques est un autre problème. Une photo exploitable ne correspond pas forcément a un besoin mais le net a complètement fausser les choses car tout le monde pioche ce dont il a besoin. C'est le même bouleversement que pour la musique et il faut que les photographes l'intègrent tout en se donnant les moyens de limiter la casse
Perspectives ?
Vivant à l'étranger en Europe, je confirme la généralisation de ce genre de pratiques en Allemagne aussi.
L'argumentaire est en effet le seul moyen de se retrouver sur un pied d'égalité avec son interlocuteur.
Pourquoi en arrive-t-on à considérer les photos comme un bien gratuit accessible à tous sans contrepartie ?
Il y a la masse d'amateurs disposant de matériel moderne automatisant la prise de vue au maximum, créant du matériel documentaire exploitable en rédaction (je n'ai pas dit de bonnes photos, cependant). Les amateurs rêvent de publication pour valider leur travail par plaisir. Les rédactions savent en tirer parti pour réduire les frais. Il y a de moins en moins de photographes qui arrivent à vivre de leur pratique, hormis les spécialistes de la publicité, de la presse people, et les photographes sportifs (que ceux que j'oublie involontairement me pardonnent).
On m'a proposé de former à la photographie culinaire, des journalistes d'un magazine appartenant à un groupe de presse pourtant pas démuni, à des tarifs évoquant ceux de la garde d'enfants. Je passe sous silence les noms, et en viens au problème auquel tous les photographes vont devoir réfléchir :
La presse se porte mal et décide aussi des prix des photos publiées. Il y a donc moins de gâteau à partager entre professionnels et les amateurs depuis peu. Les rédactions ont aussi cessé de réfléchir et d'utiliser la complémentatrité texte image. On illustre au mieux, répétant par l'image, ce que le texte décrit. La photographie a vécu par le journalisme et l'édition, aujourd'hui en perte de vitesse économique. La photographie est priée de se faire gratuite, c'est la porte ouverte aux prochains excès, les textes gratuits, les reportages gratuits, les salariés gratuits ?
Les rédactions tentent de faire naif en demandant les photos pour rien. Si elle ne font plus leur travail comme auparavant, ce ne doit pas être notre problème de les financer. Mais de trouver de nouveaux débouchés permettant de financer le matériel, les voyages et l'ordinateur en résumé pour commencer il faut au moins 7000 Euro de matériel, qui doit bien être amorti.
La spécialisation est la soilution proposé par de nombreux article parus outre Rhin, je serais interessé de savoir ce que vous en pensez. Merci
Il y a tout de même des portes de sortie. La spécialisation sans doute mais à condition d'avoir un solide réseau. La diversification mais à haut niveau. Enfin, et heureusement, il reste des titres en presse qui choisissent encore de belles images et qui les payent pas trop mal. Mais il deviennent de plus en plus rare et les sources d'approvisionnement étant de plus en plus nombreuses, le deal est de plus en plus délicat à obtenir. Il faut sans cesse se repositionner, se remettre en question tous les 3 à 6 mois, produire des images et des sujets que les autres ne font pas. Savoir se vendre et toujours recommencer. La presse se porte assez mal mais a tout fait pour...Quant aux mecs qui demandent de l'image gratuitement, il faut les éconduire poliment mais fermement et constamment. Il y aura un autre mec pour donner mais ce mec ne survivra pas. Et surtout il faut être parmi les meilleurs pour que vos images fassent plus pitié qu'envie
Parmi toutes les questions soulevées par ce cas (où va la photo ? comment rester compétitif ? etc etc) il me semble que l'une des question qui mérite l'attention est celle de la valeur d'une photo. Et dans ce domaine, tout est relatif, subjectif et fluctuant. En béotien que je suis, y a-t-il un moyen de négocier le prix de la photo en % sur les ventes ? Bon, je sais, ça peu paraitre ridicule mais le raisonnement est que si le gars veut une photo, c'est bien pour augmenter le tirage ... donc la photo à une valeur liée au tirage ? Est-ce un raisonnement qui tient (peut tenir) la route ? Comment se négocie le prix des photos ? Après - et pardon si je te choque Thierry, là n'est pas le propos ... - le photographe peut aussi tomber dans le travers de l'artisan. Un (très bon artisan) peut mettre tout son savoir à ne fabriquer que des objets qui vont lui prendre des milliers d'heures, être superbe au final ... et avoir zéro valeur marchande. Pourtant, il va vous dire "ah, ça vaut super cher parce que j'y ai passé beaucoup de temps, j'ai choisi les matériaux les plus nobles, j'y ai mis tout mon savoir faire, etc." Euh, oui ... mais on s'en fout (Exemple : imaginez quelqu'un qui veut une Rolls-Royce en platine ... quelle est la taille du marché potentiel ? qui va l'acheter ? quel est le prix du véhicule ?) Certains photographe tombent peut-être dans ce travers de jauger de la valeur de leur photo par rapport au prix du matos qu'ils ont investi (Thierry : je ne vise personne et surtout pas toi qui fait un travail admirable ... je dis cela juste pour le besoin du raisonnement). Comme dit, combien et comment se calcule le prix d'une photo (et d'une oeuvre d'art plus généralement) ??? La question un 1 million de dollar, comme on dit ... Christian
monnaie courante (ou plutôt pas monnaie, justement !)
La dernière demande du genre que j'ai reçue émanait de surcroît d'une revue traitant des métiers artistiques un comble !
l'argument : "le magazine est distribué gratuitement donc on ne peut pas acheter vos photos".
En faisant une rapide recherche, j'ai appris qu'il était tout de même édité par une SARL, qui vend les pages de pub, fait même payer les annonces et que la direction artistique est même confiée à une agence… Donc, rien d'un fanzine associatif, en fait.
J'ai donc répondu qu'il me paraissait fort improbable que tous les intervenants participant à la réalisation du magazine soient des bénévoles…
Z'ont même pas daigné répondre…
Ah oui, j'oubliais, chez eux aussi second argument de poids : "nous mentionnerons votre nom"…
Donc je leur ai aussi rappelé que même s'ils m'achetaient mes photos, il faudrait de toute façon le faire…
l'avant-dernière fois, c'était une municipalité… mais eux ont fini par acheter les photos…
...pareil pour moi
je ne suis visiblement pas le seul à subir de telles demandes...
le dernier en date, une fondation québécoise (ou plutôt un interlocuteur, n'exagérons pas) qui reçoit des millions de dollars de temps en temps de généreux (et morts) donateurs et qui n'admettait pas de payer plus cher une photo pour 1000 exemplaires d'une brochure gratuite que le prix de l'impression de celle-ci... disons qu'il a pris pour les autres.
mais du moment que nous ne lâchons rien à ces fourbes, on ne fera pas de mal à notre profession.
courage à toutes et tous !!
Valeur photo
Pour rebondir sur le commentaire de Christian, il me semble important de garder à l'esprit ( qu'on soit pro ou amateur) que la principale valeur (commerciale) d'une photo, c'est l'usage qui en ait fait. C'est l'esprit de la loi ( CPI) et ça semble assez logique. C'est pourquoi le libre de droits est profondément injuste. D'où l'intérêt d'avoir des barèmes proportionnels aux usages. Pour ceux qui ne les connaissent pas encore :
http://www.upc.fr/profession_photographe.php?section=pratiques#boc
UPC
Merci Henri pour ce lien, j'aurais pu y penser, même si j'écorne de temps à autre le statut d'auteur. L'UPC reste une très fiable source d'info et un des premiers repères quand on débute une carrière dans la photo. Ceci étant dit, je rappelle que les tarifs UPC peuvent servir de base à vos transactions mais que la chute des cours va vite vous remettre d'équerre si vous en restez proche. Voilà pour la réalité. Mais ils restent - les tarifs - UPC important pour donner une base.
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