TENDANCE BLEUE

Le blog de Thierry Seray, photographe. Deux lignes de fuite qui se rejoignent, l'univers de la mer et la passion de la photo. La mer au travers de l'image et inversement. L'océan, le voyage, la voile, les vieux gréements, les vagues, le surf, les bateaux,

mardi 25 septembre 2007

Le kitesurf a plus de 50 noeuds en vitesse instantanée. Interview Alex Caizergues

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Revenons sur le jour où tu as fait les 44,55 nds. Racontes moi ton run en quelques mots : ce qui a été positif dans ce run, ce qui ne l'étais pas ?


Après un départ assez moyen, dû principalement au plan d'eau super clapoteux en zone de lancement, le run devient vraiment glassy juste après la porte d'entrée (avec l'équipe de riders, on a posé un mini « chop killer » d'une vingtaine de mètres de long qui tend à franchement réduire ce défaut majeur). Une première partie super flat donc, mais dont l'angle n'est pas forcément optimal car plutôt carré (vent perpendiculaire à la berge). J'arrive ensuite enfin lancé dans la zone que l'on appelle la « piscine ». A ce moment là, c'est là qu'on lâche les chevaux... et que l'on atteind des vitesses indécentes. Sur mon run à 44, je claque un 49 max sur mon GPS, alors que Seb ce jour là atteind plus de 50 noeuds... Mais c'est aussi à ce moment là que l'on se frotte à une belle rivière qui, à marée descendante, nous fait de belles petites vaguelettes. Passage donc assez technique... Vient ensuite le finish, 100m où l'on vient raser littéralement la berge, dans à peine 10 cm d'eau maxi. Pour en revenir au run à proprement parlé (NDLR : celui où Alex fera 44,55) , c'est la première journée officielle de la tentative. Je pars au début en 7,5m² mais le vent pousse très fort et il m'est impossible de remonter le run (rien à voir avec mon Mistral adoré, le vent est ici chargé par un océan glacé et ça ne rigole pas). Je passe donc en 6,5 et les premiers runs s'enchainent. C'est en fait au bout d'une demi heure, et de 5 runs, que j'effectue celui à 44,55. Bonne prise d'élan dans le clapot, je prends le porte d'entrée bien lancé, mais au lieu de remonter dans la piscine, je « coupe » le fromage et arrive perpendiculaire à la rivière. Cela me permet en fait de la passer avec un peu plus de facilité mais je me retrouve du coup un peu trop bas dans le run et perds l'effet « lance pierre » qu'apporte la piscine. Je finis donc ce run en prenant la vraie tangente de la berge. La ligne d'arrivée pointe le bout de son nez... clap de fin ! En bref le positif : une assez bonne entrée, un passage de rivière plutôt réussi. Le négatif : un angle pas forcément optimal, un peu trop carré surtout au début, et pas d'effet lance pierre.

Quelle condition de vent ce jour là, quel force quel angle ?

Un bon 30 noeuds établit, avec claque à 35+, angle SSW donc plutôt carré.

Comment est le plan d'eau à Luderitz. A plus de 40 nds, il doit j'imagine quand même receler des pièges. Je crois qu'il y a une petite rivière qui sort c'est ça?

Le plan d'eau de Luderitz est bon mais malheureusement pour nous pas encore parfait... Oui il recèle quelques pièges, comme cette rivière au milieu ou bien le clapot de début de run, mais on s'en sort de mieux en mieux...

Quel matos avais-tu ce jour là : longueur de ligne, surface d'aile. Parles nous également de ta planche.

Le matos pour ce run était comme je te l'ai dit plus tôt une F ONE Bandit 6,5 montée en 18 mètres de lignes. En fait, c'est un des premiers protos de cette taille designé par Raphaël et Sylvain Peretti. L'aile comportée quelques défauts mineurs qui ont été corrigés depuis, et j'ai reçu un nouveau proto la semaine dernière. La shape de l'aile est vraiment différent de ce que l'on trouve sur le marché, avec un profil qui tend vers la forme Delta, tout en restant une aile en arche. C'est une aile à l'origine « bonne à tout faire », à savoir performante aussi bien en freestyle, vagues, longues distances, et en navigation classique! Pour le moment, la vitesse n'est pas encore une priorité pour la majorité des marques mais ne va pas tarder à le devenir, j'en suis sûr. Pour la planche, j'ai plusieurs modèles à ma disposition, différents shapes et rigidités, et c'est celle shapée pour Fuerteventura aux Canaries que j'utilise à Luderitz. La clé est pour moi la facilité à passer dans le clapot plutôt que la Vmax et cette board marche à merveille pour ça!

Qu'est-ce qui est le plus difficile sur le run : tenir l'aile en position idéale, arriver à garder la trajectoire avec la board, les deux sans doute ?


A dire vrai, en fait, ce sont deux choses que l'on fait instinctivement. Le placement de l'aile reste en gros toujours le même pendant le run, en gros entre 45 et 25°, plus c'est carré et plus l'aile est basse. Pour la trajectoire, le plus difficile n'est pas de la garder mais plutôt de la choisir... Choisir les  bonnes options tout au long du run, c'est la quête du Graal, surtout sur un run technique comme celui de Luderitz!

Seb t'a gratté en fin de semaine (Sebastien Cattelan est le nouveau détenteur du record avec 46,71 à priori, je dis bien 46,71). Raf m'a dit que tu n'avais pas les bonnes longueurs de lignes. Peux tu m'en dire plus?

En fait, j'ai commis une belle erreur en restant sur une option de lignes courtes. Avec ma nouvelle 6,5 que je sortais pour la première fois, et qui est en de nombreux points différente de celle que j'utilisais jusqu'à présent, j'ai plus de confort surtout dans les conditions musclées... Et j'ai donc la possibilité d'utiliser des lignes plus longues, qui me fourniront un temps de puissance plus long! Bref, je suis loin d'avoir dit mon dernier mot, il nous reste encore 3 semaines...
Et concernant Seb, je lui tire mon chapeau! C'est quelqu'un qui mérite ce qui lui arrive, c'est lui qui est à l'initiative de cette tentative, et est des principaux initiateurs de la vitesse en kite.

Où se situe la limite du kite à ton avis. Où est votre principal atout et votre principal problème ?

Pour l'instant, c'est très difficile de donner une limite au kite. Avec les perfs que l'on réalise lors de cette tentative, on ne fait je pense que remettre les pendules à l'heure... On a trop longtemps considéré le kite comme un classique engin de plage, bon qu'à faire le « sachet de thé » et de spectaculaires atterrissages sur la plage. Désormais, j'espère que cette opinion va changer et que les autres supports de la voile vont nous prendre plus au sérieux. Notre principal atout est je pense notre capacité à embarquer très peu d'aileron, et donc de frein, ceci étant principalement dû au fait que la planche aussi fait office de plan anti-dérive. Au passage, j'ai de très gros doutes à propos de cette histoire de « désintégration » de l'aileron ou du flotteur en lui même, sachant que certains d'entre nous ont déjà dépassé les 50 noeuds sur 250m (Christophe Prin-Guenon pour ne pas le citer, mon équipier chez F ONE, avec 50,7 sur 250m, au GPS bien sûr...) et rien de particulier ne s'est passé... Enfin, je demande à voir, surtout pour nous en kite, où la portance, surtout dans des allures abbatues voir vent arrière n'est pas primordiale...

Notre principal problème, c'est comme pour la plupart des explorateurs de la vitesse, trouver l'endroit parfait...

Voilà, c'était Alex Caizergues en direct de Namibie (son mail est arrivé à 16h49 aujourd'hui) merci à lui pour sa disponibilité. Je pars aux Régates Royales demain, j'espère pouvoir faire intervenir Sebastien Cattelan d'ici la fin de semaine. Stay Tuned sur Tendance Bleue, d'autant que les prévisions de vent sont bonnes sur la base, qui sait si d'autres surprises ne nous attendent pas encore.

Posté par thierry seray à 21:12 - VITESSE A LA VOILE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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